Nouvelle Fantastique (Classe 4°3)

La classe de 4°3 de Mme PORTUGALLI ont la joie de vous présenter leur « Nouvelle Fantastique »


Le coq chanta trois fois avant que la poissonnière ne parvienne à s’extirper de son lit de paille, humide et malodorant. Son fils qui dormait au sol à côté d’elle, se réveilla en sursaut au premier grincement du cadre en bois maternel. Il observa un instant le trou dans le toit, d’où gouttait régulièrement la pluie. Les araignées tissaient tranquillement leur toile puisque les rats étaient de sortie. « Vilain, viens ici ! » hurla la marâtre une fois assise. Clopin-clopant, un vieux chien, sans poils, borgne et très amaigri entra dans la grange et superposa son odeur nauséabonde à la puanteur qui régnait déjà.

La vieille se leva, lui asséna un coup de pied, et rit bruyamment. Le jeune garçonnet, accouru au secours de la pauvre bête et tenta de la réconforter avec quelques caresses fébriles.

Elle avala à la hâte un morceau de pain trempé dans la soupe de la veille, laissant le petit Pierrot qui la regardait partir chaque jour les yeux plein de larmes. Elle tourna la clé dans la serrure, et il se roula en boule sur la terre boueuse, commençant son observation du ciel par l’unique trou qui donnait sur l’extérieur, dans l’espoir d’y voir passer une hirondelle. Au bout d’une heure, il entendit un frottement irrégulier sur la porte en bois. Son coeur se mit à palpiter. Les bruits cessèrent mais quelques minutes plus tard reprirent, plus sourds, sur le toit. Il se cacha sous la couverture en haillons, et observa au dessus de lui à travers le tissus émaillé.

Un chat pénétra dans la grange, sans un bruit, se déplaçant avec agilité, à pas de velours. Ses yeux d’une couleur rougeâtres brillaient avec une intensité rare et hypnotisante. Il marqua une pause, s’étira et bailla, mais aucun son ne trahissait sa présence.

L’animal visita l’endroit sans qu’on ne le remarque, il trouva à manger dans un placard entre-ouvert, sur lequel reposait une petite poupée de chiffon, laide et déchirée. Il entra dans le placard avant d’en ressortir le ventre rempli. Descendit avec grâce, s’achemina vers le lit où il déféqua avant de reprendre sa balade. L’enfant l’observait d’un œil attentif, sur le qui-vive. Le félin se hissa jusqu’à la charpente endommagée, celle-ci céda, le laissant retomber sur le lit, à l’endroit même où Pierrot demeurait figé. Les deux êtres vivants se fixèrent longuement, les yeux du chat se firent plus perçants et l’enfant semblait communiquer avec lui par le regard.

Soudain, des miaulement graves, brisèrent le silence. Pierrot eu l’impression d’entendre des mots à travers les lamentations plaintives de l’animal. Il tendit l’oreille et crut comprendre « Pars ! ». Il se dit qu’il souffrait d’hallucinations puis le chat se remit à miauler et de nouveau le garçon entendit distinctement l’ordre « Pars ! » comme un miaulement désespéré.

Ils passèrent ainsi plusieurs heures, quand le grincement de la porte les arracha à l’atmosphère étrange qui régnait. « Pierrot ! » hurla la vieille. « Accroche moi cette raie au crochet de la cuisine ! ». L’enfant, empli de dégoût, l’attrapa du bout des doigts. Il sentit quelque chose de visqueux, de froid, de sanguinolent, il eût un haut le coeur et lâcha brusquement la raie sur le sol.

La mégère lui fonça dessus et lui asséna des coups de sabot violents , laissant ses empruntes terreuses sur le corps du chétif Pierrot. Les miaulements devinrent plus forts et se mêlèrent aux gémissements de l’enfant.

Elle se rua sur la pauvre bête et l’envoya à grands coups de pieds loin de la grange. Elle referma à clef et entrepris de boucher le trou du toit avec de la paille pendant que Pierrot, recroquevillé sous son lit, sanglotait et souffrait, tentant de disparaître. Elle se coucha en soufflant son haleine alcoolisée sur la flamme de l’unique bougie de la pièce.

A l’aube, lorsqu’elle ouvrit difficilement les yeux, elle sentit le poids du corps du félin qu’elle avait chassé la veille, sur sa couverture. Elle se frotta les yeux, et distingua le regard bleu du chat qui la fixait. « Pierrot ! » hurla-t-elle à plusieurs reprises. Elle n’obtint aucune réponse de l’enfant. Elle semblait paralysée par le regard froid et profond de la bête qui la fixait étrangement. Ces yeux, lui rappelaient ceux de son rejeton à la naissance.

Après avoir repris ses esprits elle chassa l’animal du lit, se baissa pour tirer Pierrot de sous la paille comme elle avait coutume de le faire mais ne l’y découvrit pas. Elle vérifia que la porte était toujours close et la trouva verrouillée. Elle se retourna alors vers le chat dont les miaulements semblaient s’être transformés en malédiction…

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